Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l'horizon.

Jack London

  • Couverture du livre: Ce que cachait Archie Ferber

    Ce que cachait Archie Ferber

    par Casey B Dolan

    Vrai thriller psychologique, le nouveau roman de Casey B. Dolan (traduit par Arnaud Baignot et Perrine Chambon), laisse peu de répit à l’esprit du lecteur, mis sous tension dès les premières pages. Absorbé par les pensées intimes des personnages principaux, inquiété, parfois même indisposé par leur comportement inattendu, désaxé ou désespéré, il ne maîtrise rien, enfermé dans une ambiance oppressive.

    Ainsi rarement mis à distance, il n’échappe ni à l’angoisse ni à la manipulation mais se réjouit, au final, d’avoir pu accompagner avec autant de proximité l’intrigue, d’avoir pu même s’y sentir mêlé, à certains moments.

    Très habilement construit, le roman choral, emprunte plusieurs voix narratives à la première personne volontairement énigmatiques au départ, qu’il entremêle de scènes dialoguées très vivantes, de rapports de pièces à conviction convaincants, d’unités temporelles plurielles. Il offre alors une lecture finement rythmée, tout en rebond et nuancée ; palpitante.

    De plus, inscrit dans une thématique très actuelle, la GPA et la difficulté pour les hommes homosexuels d’avoir des enfants, il associe avec brio le suspense et l’action à une problématique éthique passionnante. Tout cela sans ennui, avec en prime une immersion dans la société d’Afrique du Sud et au cœur d’une Amérique profonde, celle du Midwest, peu tolérante envers l’homosexualité.

    Felicity Sloane est psychiatre médico-légale à Boston dans un centre de thérapie et d’évaluation d’individus soupçonnés d’avoir commis un crime mais contre qui la police manque de preuves. Elle a comme patient Archie Ferber, chef d’entreprise texan fortuné, suspecté d’avoir participé à l’assassinat d’une jeune femme en Afrique du sud, mère porteuse illégale de l’enfant qu’il avait prévu d’avoir avec son compagnon, Matthew, originaire lui aussi d’Afrique du Sud.

    Chargée de réaliser une analyse thérapeutique pour évaluation criminelle (ATEC), pendant une semaine, le docteur Sloane expose ses conclusions devant le tribunal chargé de l’affaire.

    “Quelque chose ne tourne pas rond dans ce procès”

    La complexité de son évaluation psychiatrique sous-tend une exploration minutieuse dans la vie perturbée d’Archie Ferber (permettant à l’auteure de remonter le temps et de mener plusieurs récits en parallèle), associe également le témoignage de son compagnon, le jeune Matthew Brink et dévoile des personnages secondaires (le procureur Chad MacCormack, notamment) autour desquels l’intrigue se déploie, s’agite, volontairement découpée et plus captivante encore.

    De plus, des points de vue divergents de narrateurs à la fois internes et externes troublent volontiers le lecteur (mais sans le perdre), mettent à mal presque constamment ses certitudes sur l’enquête.

    Une manœuvre à la fois anxiogène et excitante, surtout dans la première partie presque en huis-clos, peut-être moins intense dans la seconde (quelques longueurs) ; même si globalement, les rebondissements tiennent en haleine et entraînent assez facilement la lecture.

    Enfin si l’on oublie l’intrigue amoureuse (très secondaire) qui s’esquisse dans le roman, trop plaquée et artificielle (mais qui annonce sans doute un prochain opus), l’histoire demeure extrêmement vivante et énergique, malgré une fin un peu décevante.

    La réelle force de Casey B. Dolan réside assurément dans sa capacité à pénétrer avec précision et acuité les pensées de ses personnages principaux et à créer, de ce fait, un malaise auprès du lecteur, devenu, malgré lui, presque trop voyeur.

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 14/10/2017