Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l'horizon.

Jack London

  • Couverture du livre: La 2 CV verte

    La 2 CV verte

    par Manu Causse

    Ce qui surprend dans ce roman c'est qu'il semble hésiter sans cesse, ne pas trop savoir quelle tonalité adopter ni sur quel rythme danser et au final, chute, maladroit et un peu agaçant.

    Sans parti pris clairement affiché, il tente ainsi d'épouser plusieurs formes à la fois, celles d'un roman noir, d'une course-poursuite, d'un conte magique, d'un roman sentimental ou d'un récit réaliste mais, si peu à l'aise à trouver la forme qui lui conviendrait le mieux, il ne convainc nulle part et laisse le lecteur à l'écart et décu.

    Et pourtant l'histoire aurait pu attacher, retenir et émouvoir. Elle raconte la difficulté d'un père à communiquer avec son fils autiste, sa solitude, les relations conflictuelles avec son ex-femme, "l'étrangère dure et haineuse avec qui il a eu un enfant", son enfance douloureuse et traumatisante, son envie de fuir, sa culpabilité, sa volonté d'expiation…

    Eric Dubon est illustrateur. Artiste précaire, seul, vaguement dépressif, il rend visite chaque semaine à son fils Isaac, interné dans une clinique. Ce dernier ne parle pas, replié sur lui-même. "Votre fils ne fonctionne pas comme tout le monde".

    A quelques centaines de kilomètres de là, un vieil homme décide de mourir avec ses chats et lègue à Eric sa maison et une 2cv verte de 1973 en état de marche. Voiture mythique qui va permettre à Eric de partir avec son fils mais va réveiller également des souvenirs d'enfance lointains et douloureux, raviver des souffrances. Mais c'est sans compter sur un bon gendarme amateur de champignons, Marion, une adolescente délurée mais angoissée, un chat, un vieil homme mort, tous capables d'emmener Eric et son fils vers un renouveau plus réconfortant.

    Que se passe-t-il alors pour que rien ne fonctionne ? Sans doute la difficulté à trouver le ton juste. En effet, cette histoire déborde de tendresse et de bons sentiments ("c'est pas beau ça ? C'est pas un miracle ?") et laisse le lecteur indifférent, tantôt légère, elle indispose, tantôt naïve et convenue, cernée de formules toutes faites (" cette tristesse insondable, romantique comme un paysage de montagne sous l'orage"), elle ennuie, tantôt magique, elle amuse un peu et lorsqu'elle tente une incursion policière, même si le personnage du gendarme n'a pas l'envergure du héros, elle intéresse davantage, malgré tout et l'on regrette alors que l'auteur n'est finalement pas retenu ce genre plutôt que ce mélange incertain et peu entraînant.

    De plus, l'histoire accumule les effets de pathos et plutôt qu'émouvoir ou toucher, désole le lecteur, insensible alors, embarrassé. Mais, de temps à autre, le texte, par quelques éclats évanescents, une écriture sensible, donne envie d'y croire, encourage à poursuivre la lecture, offre un regain d'intérêt. Trop faible cependant pour contrebalancer la déception.

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 25/03/2016