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Jack London

  • Couverture du livre: L'esclave islandaise

    L'esclave islandaise

    par Steinunn Jóhannesdóttir

    Roman inspiré de faits historiques méconnus et très exotiques pour le lecteur français, L'esclave islandaise (traduit par Eric Boury) raconte un raid esclavagiste mené par des pirates barbaresques en Islande durant l'été 1627 (le Raid des Turcs).

    Dans une version romanesque, centrée sur une héroïne féminine, Guðriður, l'auteure Steinunn Jóhannesdóttir, dépeint l'aventure tragique d'une jeune femme des îles Vestmann, enlevée par ces corsaires musulmans d'Afrique du nord avec son jeune fils, Sölmundur et conduite jusqu'à Alger pour être vendue sur le marché des esclaves à son arrivée.

    D'un intérêt historique incontestable, sans jamais s'éloigner des documents d'archives dont il est né, le récit va bien au-delà du documentaire et parvient à plonger le lecteur dans une fresque picaresque, à la fois maritime et sociale, réellement captivante et avec un égal intérêt, un bel équilibre, offre également une lecture plus intimiste dans laquelle le personnage principal livre ses tourments, ses émois, sa souffrance et ses doutes.

    Sans renoncer à ses intentions didactiques, ce roman est agréablement porté par une sensibilité féminine, une pointe de sensualité, un certain romantisme et malgré une construction plutôt académique, assez classique (mais limpide et fluide), il parvient avec ravissement à exhaler une atmosphère envoûtante, empreinte d'une émotion particulière où la rêverie et l'évasion dépassent l'attrait du savoir historique, devenu, au fil des pages, plus secondaire.

    Dans un paysage de désolation, où le vent frappe avec violence les petites maisons de tourbe humides et froides, où l'odeur de mer se mêle aux moisissures de l'intérieur des fermes, Guðriður, à moitié ensommeillée savoure le retour d'Eyjólfur, son mari pêcheur. Des retrouvailles charnelles, toujours intenses mais chaque fois trop brèves et dont elle se remémorera chaque instant lors de sa captivité en Barbarie pendant près de neuf ans.

    Capturée sauvagement avec son fils de quatre ans par une cohorte de pirates dont elle ne comprend pas la langue, elle rejoint sur un bateau des voisins et d'autres Islandais issus des Fjords de l'Est. Un voyage en mer où la promiscuité indispose autant que les tempêtes. Plusieurs semaines de navigation conduisent les prisonniers vers une destination sinistre. Ceux qui échappent à l'éprouvante traversée découvrent l'enfer de l'esclavage.

    Après une adaptation difficile au climat et à l'environnement d'une ville torride et étouffante, Guðriður et son fils obéissent à leur maître, travaillent sans relâche. Sans jamais perdre l'espoir de revoir un jour son pays et son époux, courageuse et résistante, Guðriður, s'accroche à ses rêves, décrit avec curiosité ce pays si différent du sien, veille sur son fils, se soumet, silencieuse mais ne se résigne pas.

    Un premier livre (le second volet paraîtra cet automne) qui met en scène la traversée maritime et les années d'esclavage de l'héroïne, parsemée d'aventures souvent douloureuses.

    Une narration très visuelle, haute en couleurs, habile à rendre compte des émotions des Islandais captifs face au dépaysement culturel et géographique auquel ils sont soumis à leur arrivée à Alger, convaincante à révéler également avec justesse les émotions parfois confuses de l'héroïne, précise à décrire l'effervescence de la ville, l'ambiance des souks, l'activité portuaire à cette époque.

    Le lecteur n'a aucun mal à se glisser dans cette histoire. Séduit par le personnage féminin, généreux et vaillant. Préservé d'un excès de détails fastidieux sur le contexte historique, il n'échappe pourtant pas à une curiosité qui s'éveille et se déploiera, immanquablement plus tard ; une fois le livre refermé pour garder le plaisir de l'évasion et du dépaysement intacts.

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 05/05/2017