Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l'horizon.

Jack London

  • Couverture du livre: Nos étoiles contraires

    Nos étoiles contraires

    par John Green

    Elu meilleur roman 2012 par Time Magazine et présenté par l’éditeur comme un roman coup de cœur, « Nos étoiles contraires » raconte la rencontre amoureuse entre deux adolescents atteints d’un cancer. Dit comme cela, le lecteur pourrait redouter le pathos et le trop plein d’émotions de cette histoire, craindre de ne pouvoir lire sans pleurer. Mais c’est sans compter le talent de John Green qui délivre bien plus que le récit d’une maladie, bien plus qu’un simple livre sur le cancer. C’est avant tout un livre sur la vie, sur la jeunesse qui rêve, s’émancipe et grandit, se retrouve confrontée à une réalité parfois dure et cruelle, parfois magique et drôle mais ne renonce jamais. Un livre empreint de drôlerie, de sensibilité, d’espoir et de doutes, jamais mièvre ni complètement tragique. D’une force saisissante, il emmène le lecteur loin dans sa réflexion sur la vie, sur la mort, sur la maladie, le malmène parfois mais, jamais, ne s’en éloigne. Proche et vraiment attachant, ce livre risque de vous accompagner bien au-delà de sa dernière page. De vous bouleverser aussi.

    Hazel a 17 ans et souffre d’un cancer qui l’enchaîne véritablement. Pour pallier ses poumons hors-service, elle est obligée de se déplacer en permanence avec une bonbonne d’oxygène. Consciente de sa maladie, loin de se morfondre, c’est une jeune fille très réaliste, adepte de l’autodérision (pour ne pas sombrer), énergique et plutôt bien entourée par ses parents. « La seule chose qui craint plus que crever d’un cancer à 16 ans, c’est d’avoir un gosse qui crève d’un cancer. » A l’occasion d’une séance au sein du groupe de soutien de l’hôpital, elle rencontre un jeune garçon, Gus, en rémission depuis un an. C’est la littérature qui va les rapprocher puis les unir lors d’un voyage à Amsterdam (sorte de « cadeau cancer »), en quête d’un écrivain, Peter Van Houten, auteur lui-même d’un roman (inachevé) sur une jeune fille atteinte d’un cancer en qui Hazel a trouvé son double. « Vous avez tout compris. Du moins, vous m’avez comprise, moi. Votre livre a le don de m’expliquer mes sentiments avant même que je les ressente et pourtant je l’ai lu des dizaines de fois. »

    Ensemble, ils vont rencontrer cet auteur, lui demander une fin au roman. En vain. Mais ce voyage « initiatique », va révéler deux êtres sensibles et lucides, incroyablement forts face à la maladie, véritablement héroïques (« Les véritables héros ne sont pas les gens qui font les choses ; les véritables héros sont les gens qui remarquent les choses, qui y prêtent attention ») et attachants, émouvants aussi parfois et drôles, acteurs de leur vie, sans illusions mais capables néanmoins de savourer l’instant et de goûter au bonheur. Jamais complaisants, ces deux jeunes gens offrent au lecteur une vraie leçon de vie et donnent envie de ne jamais renoncer. De pleurer aussi par moments.

    Même si la fin, redoutable, se pressent dès le départ, la tristesse n’envahit pas le roman. Le style vif, les dialogues pleins de vie, les sourires, les éclats de rire même, délivrés au fil des pages, laissent une impression globale d’ardeur et de courage. « Je ne pense pas que tu sois en train de mourir. Je pense que tu es légèrement atteint par le cancer ».

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 23/02/2013